Le Pacte distribue le film en France avec deux visages immédiatement identifiables en tête d'affiche : Sebastian Stan incarne Mihai Gheorghiu et Renate Reinsve joue Lisbet. Leur famille roumano-norvégienne, profondément croyante, s'installe dans un village au bord d'un fjord et se rapproche des Halberg, leurs voisins. Les enfants se fréquentent. Les adultes aussi. Le décor a tout du calme scandinave que le cinéma sait rendre inquiétant sans avoir besoin de beaucoup insister.
Une famille observée de beaucoup trop près
Le point de rupture arrive lorsqu'Elia, l'aînée des enfants Gheorghiu, se présente à l'école avec des ecchymoses. À partir de là, la question de l'éducation donnée par ses parents cesse d'être privée. L'école, la communauté et les services chargés de la protection de l'enfance entrent dans l'équation, tandis que les différences entre les deux familles prennent un poids autrement plus concret.
Mungiu écrit et réalise lui-même Fjord. Le film dure 146 minutes, avec Tudor Vladimir Panduru à la photographie, Mircea Olteanu au montage et Kaspar Kaae à la musique. Le réalisateur ne choisit donc pas le format court pour traiter son conflit : il installe les personnages, laisse leurs arguments se déployer et fait du désaccord moral le moteur du récit plutôt qu'un simple prétexte à rebondissements.
Le Festival de Cannes présentait déjà le film en mai comme une affaire de perspective. C'est assez fidèle à son dispositif : aucune des deux familles ne vit exactement dans le même système de valeurs, et l'arrivée des institutions ne simplifie pas nécessairement les positions. La violence éducative constitue un fait concret dans l'histoire ; ce que chacun en déduit ouvre un terrain beaucoup moins confortable.
Cristian Mungiu rejoint le cercle des doubles Palmés
Fjord n'arrive pas en salles avec un prix secondaire accroché à son affiche. Le 23 mai, le jury du 79e Festival de Cannes lui a attribué la Palme d'or. Pour Cristian Mungiu, c'est la seconde : il avait déjà remporté la récompense en 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours.
L'intervalle entre ces deux Palmes ne correspond pas à une longue disparition de Cannes. Au-delà des collines avait valu à Mungiu le Prix du scénario en 2012, tandis que Baccalauréat avait obtenu un Prix de la mise en scène ex aequo en 2016. Fjord ajoute simplement la distinction la plus visible à une histoire déjà particulièrement régulière avec le Festival.
Cette trajectoire rend presque facile de réduire le nouveau film à son palmarès. Ce serait dommage, surtout au moment où il quitte justement le circuit des festivals pour rencontrer un public plus large. Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Loven Kongsli, Henrikke Lund-Olsen et Vanessa Ceban composent un ensemble où le conflit ne tient pas à un grand mystère extérieur : il naît de ce que chacun pense être légitime à l'intérieur d'une famille.
Le débat posé à Cannes arrive maintenant dans les salles
Après sa victoire, Mungiu insistait moins sur la recherche d'un verdict que sur la capacité à vivre avec des convictions opposées. Cette idée correspond assez directement au terrain choisi par Fjord : deux familles, des institutions, de la religion, des enfants et une situation où chaque certitude supplémentaire complique encore la précédente.
« On doit comprendre qu’il n’y a pas une seule vérité. »